Ex-libris en Espagne : histoire et évolution

L’ex-libris en Espagne fait partie d’une longue tradition de marques de propriété bibliographique qui associe histoire du livre, héraldique, gravure et collectionnisme. Bien qu’il ait existé des précédents dans les codex et manuscrits médiévaux, le premier ex-libris espagnol conservé et généralement reconnu est celui utilisé par Francisco Tarafa, historien catalan et archiviste de la cathédrale de Barcelone.

Ce premier ex-libris espagnol connu consiste en une xylographie ovale, avec écu et date de 1553, portant l’inscription « Bibliotheca Francisci Tarapha, Canonici Barchi ». Son importance n’est pas seulement nationale : il est également considéré comme l’un des témoignages précoces les plus importants de l’ex-librisme européen.

Ex-libris de Francisco Tarafa

Ex-libris de Francisco Tarafa (1553), considéré comme le premier connu en Espagne

Les XVIIe et XVIIIe siècles : des ex-libris pour la noblesse et le clergé

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les ex-libris espagnols furent surtout liés aux bibliothèques aristocratiques, ecclésiastiques et de cour. Les graveurs les plus réputés réalisèrent des pièces destinées à des membres de la Maison royale, de la noblesse et du haut clergé, dans un langage visuel dominé par l’héraldique, les armoiries familiales et la solennité institutionnelle.

Parmi les exemples les plus remarquables figurent ceux réalisés par le Flamand Juan Schoerquens pour don Juan d’Autriche, ainsi que les gravures d’Antonio Salvador Carmona pour Pedro Álvarez de Toledo, duc d’Albe, et pour l’infant Luis Antonio de Borbón, d’après des modèles dessinés par des artistes comme Carnicero ou Maella.

Goya et Jovellanos : un joyau de l’ex-librisme espagnol

À la fin du XVIIIe siècle apparaît l’une des pièces les plus admirées de l’ex-librisme espagnol : l’ex-libris héraldique que Francisco de Goya grava pour son ami Melchor Gaspar de Jovellanos. Il s’agit d’une eau-forte dont on ne connaît que deux épreuves.

L’une d’elles est conservée à la Bibliothèque nationale d’Espagne et porte l’inscription « Del Sº Jovellanos », ainsi que la signature de Goya. Cette gravure aurait été exécutée entre 1780 et 1798 et constitue une rareté extraordinaire dans la production graphique du peintre aragonais comme dans l’histoire de l’ex-libris en Espagne.

Ex-libris de Jovellanos par Goya

Rare ex-libris gravé par Francisco de Goya pour Jovellanos

L’ex-librisme moderne en Espagne

L’ex-librisme moderne en Espagne commence au XIXe siècle avec Mariano Pardo de Figueroa, connu sous le nom de Dr. Thebussen, qui publia en 1875 dans l’Ilustración Española e Iberoamericana l’une des premières études espagnoles consacrées au sujet.

Peu après, le bibliophile Pablo Font de Rubinat encouragea l’intérêt pour l’ex-libris après sa visite à l’Exposition universelle de Paris de 1898, où il put admirer des collections de la Bibliothèque nationale de Paris. Ce contact avec le milieu international favorisa la diffusion du collectionnisme ex-libriste en Espagne.

L’Exposition nationale des Beaux-Arts de 1901, qui comprenait des œuvres de José Triadó, donna une nouvelle impulsion au mouvement. En 1902 fut fondée l’ Association des Exlibristes Ibériques, et en 1903 commença à paraître la Revista Ibérica de Ex Libris, publication fondamentale pour la diffusion de l’étude, de l’échange et de la valorisation artistique de ces pièces.

Repères de l’ex-librisme espagnol

  • 1553 : Ex-libris de Francisco Tarafa, premier exemplaire espagnol connu
  • XVIIe-XVIIIe siècles : Développement des ex-libris héraldiques pour la noblesse et le clergé
  • Fin du XVIIIe siècle : Goya grave l’ex-libris de Jovellanos
  • 1875 : Dr. Thebussen publie l’une des premières études espagnoles sur les ex-libris
  • 1898 : Influence de l’Exposition universelle de Paris
  • 1901 : Présence des ex-libris à l’Exposition nationale des Beaux-Arts
  • 1902 : Fondation de l’Association des Exlibristes Ibériques
  • 1903 : Apparition de la Revista Ibérica de Ex Libris

La valeur culturelle de l’ex-libris espagnol

L’ex-libris en Espagne ne sert pas seulement à indiquer la propriété d’un livre. C’est aussi un document historique qui permet d’étudier les bibliothèques anciennes, les collections particulières, les relations de mécénat, les goûts artistiques et l’évolution des techniques de gravure.

C’est pourquoi l’ex-libris intéresse les bibliophiles, les historiens de l’art, les collectionneurs et les spécialistes du patrimoine bibliographique. Pour approfondir le contexte, vous pouvez aussi visiter nos pages sur ce qu’est un ex-libris, l’histoire générale de l’ex-libris et la galerie d’auteurs.

Questions fréquentes sur l’ex-libris en Espagne

Quel est le premier ex-libris connu en Espagne ?

On considère généralement que le premier ex-libris espagnol conservé est celui de Francisco Tarafa, daté de 1553.

Goya a-t-il créé des ex-libris ?

Oui. L’un des exemples les plus connus et les plus rares est l’ex-libris gravé pour Jovellanos, dont très peu d’épreuves sont conservées.

Quelle est l’importance de l’ex-libris de Tarafa ?

En plus d’être le premier ex-libris espagnol connu, il est aussi considéré comme une pièce très ancienne dans l’histoire de l’ex-librisme européen.

Quand apparaît l’ex-librisme moderne en Espagne ?

On le situe généralement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, avec des figures comme Mariano Pardo de Figueroa, Pablo Font de Rubinat et la Revista Ibérica de Ex Libris.

Où peut-on voir des collections d’ex-libris espagnols ?

La Bibliothèque nationale d’Espagne, la Bibliothèque de Catalogne et d’autres institutions conservent d’importants fonds liés à l’ex-librisme espagnol.

Sources et contexte historique

Cette page résume les grandes étapes de l’histoire de l’ex-libris en Espagne à partir de bibliographies spécialisées, de catalogues de bibliothèques, d’études sur la gravure, le collectionnisme et de publications historiques consacrées à l’ex-librisme espagnol.

L’objectif d’Exlibrismo.com est d’offrir des contenus clairs et utiles à vocation divulgative pour les lecteurs intéressés par l’histoire du livre, les marques de propriété bibliographique et l’évolution artistique de l’ex-libris.